De la planification à la mise en œuvre

Conseils pratiques sur la façon de planifier, de préparer et d’étendre la mise en œuvre de l’intégration véhicule-réseau.

Les prochaines décennies devraient être marquées par un rythme sans précédent de transformations tant dans le secteur de l’électricité que dans celui de l’automobile. Le Canada vise une part de 90 % des ventes de véhicules électriques (VE) d’ici 2040, tandis que la demande en électricité devrait doubler d’ici 2050. Les secteurs de l’automobile et de l’électricité connaissent donc simultanément des transformations majeures, la recharge des VE créant un lien nouveau et de plus en plus important entre eux.

Attendre d’avoir des certitudes avant de planifier l’intégration véhicule-réseau comporte aussi des risques. L’ampleur exacte de son potentiel demeure incertaine, mais son importance, elle, ne fait aucun doute. Les organisations qui n’ont pas encore évalué les possibilités offertes par l’intégration véhicule-réseau risquent de laisser passer des occasions importantes de prendre, au bon moment, des décisions d’investissement rentables. Pour réduire l’incertitude, le mieux est d’établir des plans fondés sur les meilleures données disponibles, de les mettre à jour et d’intensifier les initiatives à mesure que les données se précisent. L’intégration véhicule-réseau n’est ni une technologie unique ni une cible précise. La recharge intelligente sera essentielle pour gérer efficacement l’augmentation de la demande liée aux VE, tandis que la recharge bidirectionnelle apporte une valeur ajoutée en contribuant à l’abordabilité, à la fiabilité et à la décarbonation du réseau. Les possibilités varient selon l’organisation et la région. Il est donc essentiel de cerner où se situe la valeur ajoutée et de commencer la planification dès maintenant.

Planification et prévisions pour l’intégration véhicule-réseau

Il faudrait intégrer dès maintenant l’intégration véhicule-réseau dans la planification des réseaux et du transport d’électricité, avant même que les détails de leur mise en œuvre future ne soient connus. Les distributeurs d’énergie, les constructeurs de véhicules automobiles et les autres parties prenantes prennent des décisions en matière d’infrastructures, de produits et d’investissements sur un horizon à long terme. Si on attend d’avoir des certitudes, on risque de s’engager dans des investissements plus coûteux et de passer à côté d’occasions intéressantes. Un cercle vicieux peut aussi s’installer : les prévisions et la planification déterminent l’ordre des priorités. Donc, si l’intégration véhicule-réseau n’est pas quantifiée au même titre que les autres ressources, la nécessité d’agir pour réduire l’incertitude ne sera pas évidente. Même la marge d’incertitude entourant le potentiel en ressources de l’intégration véhicule-réseau est plus importante que le potentiel total de nombreux autres types de ressources énergétiques distribuées et pourrait avoir une incidence notable sur les décisions de planification (p. ex. doit-on construire une nouvelle centrale?).

Les évaluations en matière de planification ne devraient pas partir du principe que toute la capacité des batteries des VE sera une ressource à la disposition du réseau. La question la plus pertinente est de savoir quelle capacité d’intégration véhicule-réseau peut réellement être mise à disposition, où et quand elle peut apporter une valeur ajoutée et avec quel niveau d’assurance. Pour cela, il faut passer d’un potentiel théorique à un potentiel réalisable.

Pour les distributeurs d’énergie, les aspects à prendre en compte en matière de planification comprennent les suivants :

Aspects à prendre en compte par les distributeurs d’énergie

  • Adoption des VE et demande en matière de recharge : combien de VE sont attendus, où seront-ils branchés et à quel moment seront-ils rechargés?
  • Besoins en matière de réseau et emplacement : où et quand prévoit-on des contraintes en matière de production, de transport, de distribution ou de clients, et lesquelles l’intégration véhicule-réseau pourrait-elle aider à résoudre?
  • Disponibilité des ressources et participation : quels véhicules sont susceptibles d’être branchés lorsque le réseau en a besoin? Comment les mesures incitatives modifieront-elles les comportements de recharge? Quelle sera la capacité de batterie disponible une fois les besoins de mobilité comblés? Et quel niveau de participation des clients peut-on raisonnablement espérer?
  • Fiabilité et acheminement : dans quelle mesure la recharge intelligente ou bidirectionnelle peut-elle répondre invariablement à la demande quand on fait appel à elle, tant individuellement que globalement?
  • Maturité de la technologie et préparation à la commercialisation : quels véhicules, bornes, voies de communication, programmes et mécanismes de rémunération seront probablement disponibles au cours de l’horizon de planification?

Il faut intégrer l’incertitude dans la planification plutôt que de s’en servir comme prétexte pour exclure l’intégration véhicule-réseau. L’analyse de scénarios et l’analyse de sensibilité permettent de mettre à l’essai un éventail raisonnable d’hypothèses concernant l’adoption, la participation et la disponibilité des ressources. Les incertitudes les plus déterminantes peuvent alors orienter des analyses ciblées, des projets pilotes et des mises en œuvre précoces, les prévisions et les plans étant mis à jour à mesure que les données concrètes s’améliorent.

L’ampleur exacte du potentiel de l’intégration véhicule-réseau reste incertaine. Toutefois, son importance ne fait aucun doute. Même si les hypothèses de planification initiales peuvent s’avérer imparfaites, elles sont probablement nettement plus précises que l’hypothèse selon laquelle le potentiel serait nul.

Planifier votre parcours d’intégration véhicule-réseau

Évaluer les possibilités

Déterminez dans quels domaines l’intégration véhicule-réseau pourrait créer de la valeur pour votre organisation ou votre région, notamment en ce qui concerne l’adoption probable des VE, la demande en recharge, les besoins du réseau, la participation des clients et le potentiel réalisable.

Planifier et prévoir

Intégrez dès maintenant l’intégration véhicule-réseau dans vos prévisions, la planification des infrastructures, les feuilles de route des produits et autres décisions à moyen et long terme, même en cas d’incertitude.

Préparer et mettre à l’essai

Ciblez les lacunes ou les obstacles principaux, faites une analyse de rentabilité, examinez la question de la préparation réglementaire et organisationnelle et mettez en œuvre des programmes initiaux ciblés assortis d’hypothèses et d’objectifs clairs afin de lever les incertitudes critiques.

Mettre en œuvre et développer

Faites évoluer les programmes dont la valeur ajoutée est avérée, en vous appuyant sur l’expérience concrète pour réviser la planification et développer la mise en œuvre.

Les organisations qui prévoient mettre en œuvre l’intégration véhicule-réseau devraient garder à l’esprit quelques principes clés lors de l’élaboration de leur parcours d’intégration véhicule-réseau :

Déterminer d’abord les besoins du réseau

Évaluez l’intégration véhicule-réseau comme solution potentielle répondant à des besoins précis du réseau, parallèlement à d’autres options, notamment d’autres ressources énergétiques distribuées et les solutions traditionnelles de réseau électrique. Déterminez où et quand des contraintes sont à prévoir, puis évaluez si la recharge intelligente ou bidirectionnelle peut apporter une capacité, une flexibilité ou une résilience utile au réseau. La profondeur de l’analyse doit correspondre à la décision à prendre, qu’il s’agisse de la planification de l’ensemble du réseau ou d’évaluations détaillées au niveau de la distribution.

Mettre l’accent sur la valeur réalisable

La taille du parc de VE ou la capacité totale de leurs batteries ne détermine pas la valeur fiable que l’intégration véhicule-réseau peut apporter au réseau. Il faut tenir compte de la disponibilité des véhicules, de leurs besoins de recharge, de la participation des clients, du degré de maturité technologique, ainsi que de la présence ou non des ressources là où le réseau en a besoin. De même, les analyses de rentabilité devraient indiquer la valeur pouvant être générée de manière réaliste ainsi que les coûts connexes, y compris les mesures incitatives, les contrôles, l’interconnexion, le comptage et l’administration du programme.

Repérer les contextes les plus propices

Certaines des meilleures occasions offertes par l’intégration véhicule-réseau à court terme se présentent lorsque les périodes d’utilisation des véhicules, les besoins du réseau et le moment où les clients prennent leurs décisions concordent. Les autobus scolaires en sont un bon exemple : ils sont en grande partie inutilisés les après-midis d’été, alors que de nombreux réseaux électriques connaissent des pointes de demande, et les revenus générés par le V2G peuvent contribuer à compenser les coûts d’électrification du parc. D’autres parcs de véhicules, comme les camions à ordures et les véhicules de livraison du dernier kilomètre, peuvent présenter des horaires d’exploitation tout aussi complémentaires.

L’inverse est également important : l’intégration véhicule-réseau peut apporter moins de valeur supplémentaire lorsque d’autres mécanismes permettent déjà d’atteindre le même objectif. Par exemple, une tarification différenciée dans le temps suffisamment incitative peut déjà décaler la majeure partie de la recharge des VE en dehors des périodes de pointe du système électrique, ce qui réduit la valeur supplémentaire que peuvent apporter les événements traditionnels de gestion de la demande de puissance fondés sur la recharge intelligente pour réduire les pointes de consommation, et met davantage l’accent sur l’optimisation du réseau de distribution.

Utiliser des projets pilotes pour répondre à des questions ciblées

Les projets pilotes et les premiers déploiements devraient cibler les incertitudes susceptibles d’avoir une incidence importante sur la planification, les investissements ou les décisions relatives aux programmes, plutôt que de reproduire des conclusions déjà bien établies. Ces incertitudes peuvent notamment concerner la participation de la clientèle, le rendement des technologies, l’interopérabilité, les exigences d’interconnexion, les mécanismes de rémunération ou les répercussions sur le réseau local. Les résultats devraient être directement intégrés aux prévisions, aux analyses de rentabilité et à la conception des programmes afin d’accroître la confiance en vue d’un déploiement à plus grande échelle. La coordination entre les différentes collectivités publiques peut également accroître la valeur des premiers déploiements en favorisant la mise en commun des apprentissages et la normalisation.

Il n’existe pas de démarche unique en matière d’intégration véhicule-réseau qui convienne à toutes les organisations. La prochaine étape la plus appropriée dépend des besoins du réseau local, de la dynamique du marché, de la maturité des technologies et des besoins de la clientèle. L’essentiel est d’intégrer dès maintenant l’intégration véhicule-réseau à la planification, de cerner les incertitudes susceptibles d’avoir une incidence importante sur les décisions et de mettre à profit les analyses, les projets pilotes et les premiers déploiements pour accroître progressivement le degré de confiance. À mesure que le marché évolue, les enseignements ainsi tirés peuvent éclairer la planification et permettre aux organisations de passer du stade du potentiel à celui du déploiement à grande échelle.